Poids cru, poids cuit : comprendre ce qui change à la cuisson
C’est la source n°1 des erreurs de dosage : entre le paquet et l’assiette, chaque aliment change de poids — dans un sens ou dans l’autre. Ce guide explique qui gonfle, qui fond, de combien, et pourquoi.
La règle unique : tout se pèse cru
Cuisiniers, nutritionnistes et nos fiches parlent la même langue : les quantités s’expriment en poids cru — celui de l’achat et de la balance, le seul qui soit stable et vérifiable. L’assiette, elle, raconte une autre histoire : l’eau y est entrée (féculents) ou en est sortie (viandes, légumes), parfois dans des proportions spectaculaires. Connaître ces conversions sert deux causes très concrètes : doser juste au moment de verser, et comprendre l’assiette servie au restaurant — ce « riz pour deux » qui n’était que 130 g au départ.
Ceux qui gonflent : les féculents absorbent
Un grain de riz ou de blé sec est une éponge en attente : à la cuisson, il absorbe deux à trois fois son poids d’eau. C’est le sens unique de nos multiplicateurs — le riz et la semoule triplent, le quinoa aussi, les pâtes font ×2,2 et les lentilles ×2,5. La conséquence pratique mérite d’être répétée : 70 g crus paraissent dérisoires dans la casserole et deviennent une assiette pleine. L’œil est le pire instrument de mesure des féculents — le verre à moutarde et la balance, les meilleurs.
| Aliment (100 g crus) | Poids cuit approximatif | Le facteur |
|---|---|---|
| Riz (toutes variétés courantes) | 300 g | × 3 |
| Semoule | 300 g | × 3 |
| Quinoa | 300 g | × 3 |
| Lentilles | 250 g | × 2,5 |
| Pâtes sèches | 220 à 250 g | × 2,2 à 2,5 |
| Pâtes fraîches | 110 à 120 g | × 1,1 (l’eau y est déjà) |
Ceux qui fondent : viandes et poissons rendent l’eau
Le muscle est fait aux trois quarts d’eau, et la chaleur l’en chasse : comptez 20 à 25 % de perte moyenne entre la barquette et l’assiette — le steak de 150 g pèse 115 g servi. La perte grimpe avec la durée et la température : une viande mijotée deux heures (bourguignon, tajine) abandonne jusqu’à un tiers de son poids, ce qui explique les 200-250 g crus par personne de notre fiche viande pour les plats mijotés. Les poissons suivent la même pente en plus doux (15 à 20 %), et les crustacés y ajoutent leur carapace : la moitié du poids brut des crevettes ne se mange pas du tout.
Cas d’école inversé : le poulet rôti cumule les deux pertes — l’eau de cuisson ET la carcasse. D’un volatile de 1,4 kg, il arrive environ 700 g de chair dans le plat ; voilà pourquoi la fiche poulet compte 350-400 g bruts par convive quand une escalope se contente de 150.
Ceux qui s’effondrent : les légumes-feuilles
Champion toutes catégories : l’épinard, qui perd les trois quarts de son volume et les deux tiers de son poids — le saladier débordant devient trois quenelles vertes, expérience fondatrice de tout cuisinier. Champignons (-60 %), courgettes et tomates (-30 à -40 % en poêlée) suivent le mouvement ; les légumes denses (carottes, pommes de terre, haricots verts) se contentent de -10 à -15 %. La parade est en amont : nos fiches légumes donnent des poids bruts qui intègrent déjà l’épluchage et la fonte à venir.
S’en servir au quotidien
Trois applications concrètes de ces chiffres. Convertir un reste : 300 g de riz cuit au réfrigérateur « valent » 100 g crus — de quoi caler une personne en plat, deux en accompagnement. Décoder une recette anglo-saxonne : les « 2 cups cooked rice » parlent en cuit (≈ 350 g), soit 120 g de riz cru à mettre dans votre casserole. Rattraper un dosage à l’œil : si le doute vous prend devant la casserole déjà pleine, pesez le cuit et divisez par le facteur — c’est le sens de lecture inverse du tableau ci-dessus, et il fonctionne très bien.
Questions fréquentes
Les grammages des recettes s’entendent-ils crus ou cuits ?
Crus, sauf mention contraire explicite — c’est la convention de la cuisine comme de nos fiches. Un doute ? Le contexte tranche : « 200 g de riz cuit » se précise toujours.
Pourquoi mon paquet de pâtes indique-t-il des calories si élevées ?
Les étiquettes nutritionnelles décrivent le produit sec : 100 g de pâtes crues font 350 kcal… mais deviennent 230 g dans l’assiette. Cuites, les pâtes tombent à ~150 kcal aux 100 g.
Le poids perdu par la viande est-il du gras ?
Surtout de l’eau, avec une part de gras fondu variable selon le morceau. C’est pourquoi la perte va de 15 % (rôti saisi) à 35 % (viande hachée bien cuite ou mijotée longuement).
À lire ensuite : la méthode complète du calcul de repas, et les équivalences « sans balance » (verre à moutarde, cuillère, mug) sur chaque fiche féculent.
Repères vérifiés le 7 août 2026. Nos grammages décrivent des portions servies : ceux de la restauration, recoupés avec les repères publics et arbitrés maison — assez pour que chacun mange à sa faim, pas assez pour nourrir la poubelle. Sauf mention contraire, tout s'entend en poids cru ; les tablées mixtes se recalculent avec les coefficients par âge. Références : Manger Bouger / PNNS — repères de consommation officiels · Table Ciqual (ANSES) — composition et poids des aliments · Table Ciqual — facteurs de rendement à la cuisson.